Conseils sur le Sumie et Mort en un trait

faucheuse, mort, art, autopsie, sumie, sumi-e, encre, LE Xiao Long, baron 33750

Dans cet article, je vous dévoilerai comment j'ai réalisé ce sumie, à savoir la "Faucheuse".

 

Je vous expliquerai comment réaliser une encre en un trait de pinceau et vous trouverez des conseils pour réaliser un sumie.

 

Bonne lecture

Comment réaliser un sumie ?

Faucheuse : le sumie et sa conception

sumie, encre de chine, mort, faucheuse, art, sumi-e, LE Xiao Long, baron, 33750
Faucheuse - 2015 - LE XIAO LONG

Il m'a fallu plus de deux ans pour que j'ose m'attaquer à ce thème.

 

Ceux d'entre vous qui connaissent mon histoire comprendront mais ceux qui l'ignorent pourraient penser que le Mort est un thème comme un autre.

 

Lorsque la Faucheuse l'emporte sur votre souffle et vos massages cardiaques, je puis vous assurer que vous ne l'abordez pas à la légère.

 

Il me fallait la vaincre à mon tour. C'est pour cela que je voulais absolument la capturer en un seul trait de pinceau.

 

 

Caractéristiques du sumie

Je la voulais froide, saisissante, rapide et tranchante.

 

Mon sceau et ma signature contrastent avec cette vision occidentale de la mort que l'on représente chez nous avec trois éléments clefs : la faux, la capuche et l'absence de visage.

 

Il me fallait donc le geste qui puisse reprendre ces trois caractéristiques. Facile, me diriez-vous ! Peut-être un peu de difficulté pour la capuche et la faux mais pas pour l'absence de visage. Détrompez-vous, l'absence nécessite l'ombre de la capuche et aussi les limites de l'absence.

 

Lorsque je réalise une encre en un seul trait de pinceau, il faut que je sois sûr de mon geste. Mais le geste n'est pas le seul élément à prendre en compte. Il faut aussi que je prévois la réaction du pinceau sur la feuille.

Où situer l'ombre ?

La réponse à cette première question m'indique où positionner la pointe du pinceau. Effectivement les dégradés sont obtenus sans retouche puisque le secret de mon métier est la charge du pinceau à l'aide de ce que les artistes qui s'adonnent au Sumi-e appellent les trois tons.

 

Le premier ton est l'eau, que l'on vient charger délicatement dans une coupelle. Le second récipient est rempli d'un mélange d'encre et d'eau. Il s'agit du deuxième ton. Une nouvelle charge est appliquée au pinceau qui détient déjà la première charge. Puis, c'est au tour de la troisième avec le dernier ton : de l'encre pure. 

Proportion des 3 tons et charge du pinceau

Quelle proportion de tons dois-je appliquer ? 

 

Question délicate car la proportion déterminera les effets que vous souhaitez voir apparaître sur votre sumie.

 

Si vous désirez un dégradé avec une ombre légère, le premier et le deuxième ton seront les deux tons principaux. La charge du troisième, dans ce cas précis sera extrêmement légère. Le risque pour ce genre de charge est une surcharge en premier ton (l'eau) qui provoquera des bavures sur le pourtour du trait.

 

La charge est aussi fonction du papier que l'on utilise

 

Pour une ombre plus prononcée, le deuxième ton et le troisième (l'encre pure) prendront plus de charge au détriment du premier.  Le risque est de trop charger en encre pure et n'obtenir aucun

 

Quelle quantité de charge sera nécessaire ?

 

C'est aussi un point important car il serait dommage que votre pinceau épuise sa charge avant que vous n'ayez terminé de tracer.

 

Soyez patients, l'échec fait partie de l'apprentissage. La théorie n'est qu'une petite lueur comparée aux rayons du soleil de la pratique. 

Choix du pinceau pour le sumie

Plusieurs critères sont à prendre en compte : la taille et l'origine des poils de votre pinceau. Des poils tendres et souples comme ceux de la chèvre ne réagissent pas de la même manière que des poils durs et rêches du loup, par exemple.

 

Pour la Faucheuse, il me fallait un pinceau à poils rêches car je savais qu'ils réagiraient rapidement à mes mouvements. Quant à la taille, la surface de la feuille aide à son choix.

 

Pour le néophyte, toutes ces questions doivent lui sembler compliquées. Avec l'expérience, l'ensemble de ces questions se résume ainsi : je charge !

Le tracé

L'exécution

 

Pinceau chargé en main, il vous faut maintenant tracer. C'est l'heure de vérité ! Sortira-t-elle ? Ne sortira-t-elle pas ? Oubliez ces questions, c'est indispensable

 

Si au moment de tracer, vous pensez ou réfléchissez une seule fraction de seconde à ce que vous êtes en train de faire, votre trait se brisera et l'encre sera bonne à jeter à la poubelle.

 

Impossible de réaliser quelque chose sans y penser, me diriez-vous ! Ha bon ? Vous êtes en train de respirer à l'instant même mais vous n'y pensiez pas avant de lire cette phrase. Ai-je tort ?

 

Tout le travail d'une encre est réalisé en amont

 

Ce n'est pas au moment où vous tracez que vous concevez votre encre. Vous l'aviez déjà réalisée avant même de saisir votre pinceau.

 

Je tiens à préciser que je parle d'une encre telle que celle que je vous présente aujourd'hui. J'ai d'autres manières d'appréhender l'exécution d'une encre, je vous en parlerai dans un autre article.

Travailler avec le vide

Cette technique m’a été enseignée en 1996 par LIN De Fu (林得福), un ami taïwanais qui n’était autre que le peintre des ateliers de sculptures à Yilan posant les dernières touches de peinture sur les visages et les mains des divinités.

Pour chaque geste technique de la filière de fabrication de statues qui me posait problème, LIN De Fu m’invitait à les travailler dans le vide avec lui sur des statues imaginaires qu’il traçait dans l’espace.

 

Cette technique, très proche des Arts Martiaux, est comparable aux Kata du Karaté ou aux Tao du Kung Fu.

 

Tracer une forme imaginaire dans l’espace afin de la mémoriser n’est pas lié directement à l’activité des statutaires. Cet exercice du vide et du trait fait partie intégrante de la sphère de l’écriture chinoise.

 

A Taïwan comme sur le Continent, lorsque deux personnes se parlent et que l’une d’elles n’est pas certaine du sens à attribuer à l’un des termes contenu dans une phrase, son vis-à-vis trace le caractère sur la paume de sa main gauche à l’aide de l'index de la main droite. Aussi incroyable que cela puisse paraître pour un Occidental, le tracé invisible devint lisible comme si le caractère se détachait de la paume.

 

Il s’agit d’un bon exercice de la maîtrise du geste et de la mémorisation de la courbe dans l’espace que j'utilise lors d'une encre à un trait, ou pour une courbe que je désire travailler avant d'encrer.

 

Avec le temps, vous réussirez même à déplacer ce tracé imaginaire dans l'espace et à le rectifier comme si vous travailliez avec un crayon sur une feuille.

 

Une fois que vous êtes satisfait de votre trait fermez les yeux et mentalisez le, comme le ferait un spécialiste du slalom juste avant de s'élancer sur ses skis. Saisissez votre pinceau et lancez vous !

 

N'oubliez pas de le charger et d'ouvrir les yeux lors du tracé ! Cela peut servir ;)

 

J'espère que cet article vous donnera l'envie de vous lancer dans ce monde du trait. N'hésitez pas à me poser des questions, j'y répondrai avec plaisir.

LE Xiao Long

樂小龍

sceau, chinois, LE Xiao Long, baron 33750, artiste peintre

Écrire commentaire

Commentaires : 0