Mon potager accueillera bientôt une petite rizière

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Je tiens à remercier l'un des lecteurs du blog de m'avoir prévenu de la vente en ligne de semences de riz duborskian.

 

Grâce à lui, un rêve va se réaliser, celui d'aménager une parcelle en rizière.

 

Bonne lecture !

Quelques grains de riz et beaucoup de souvenirs

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Semence de riz "Duborskian"

En 1990, alors que j'habitais à Taiwan, j'ai vu pour la première fois de ma vie des rizières.

 

Comme mon épouse et moi habitions Taipei, elles n'étaient accessibles que lorsque nous prenions le car ou le train pour rejoindre une destination hors de la capitale.

 

A l'époque, nous étions très jeunes mais surtout... très fauchés ! Nos déplacements étaient donc rares et l'un d'entre eux changea ma vie.

 

Je me souviens très bien de ce jour où Marie et moi sommes allés à la gare de Taipei avec le peu d'économie que nous avions en poche et du guichetier à qui nous avions laissé le choix de notre destination pour des vacances d'une seule journée. C'était en 1991.

 

- Où pouvons-nous aller avec cette somme en achetant deux aller retour ?

 

Le guichetier compta notre pécule, consulta un livre et nous déclara :

 

- A Yilan ! 

 

Nous prîmes donc le train en destination de cette petite ville de la côte Est dont même le nom nous était inconnu. Ce train, d'une lenteur agréable, s'arrêtait à chaque station. Nous avions le nez collé aux fenêtres pour admirer le paysage subtropical qui s'offrait à nous dès qu'il commença à rouler en pleine campagne. La brume matinale due à l'évaporation des forêts humides était un spectacle féerique.

 

Arrivés à destination, nos premiers pas nous menèrent à la caserne des pompiers située assez près de la gare. Quelques soldats du feu qui grillaient une cigarette vinrent à notre rencontre. Ils furent surpris de constater que Marie parlait couramment le Chinois. Ils l'avaient repérée de loin avec ses longs cheveux blonds !

 

Ils nous invitèrent à boire le thé avec les autres pompiers de la caserne. Nous sommes bien restés une heure à se délecter de nombreux verres de thé.

 

Après les pompiers, nous avons erré au hasard des rues en passant par le marché central où les étales se coloraient de fruits et de légumes très dépaysants. Nous ne passions pas inaperçus et la moindre rencontre donnait lieu à d'autres discussions. J'étais fasciné par Marie qui maniait cette langue avec tant de facilité. A Yilan, le Mandarin n'était pas la langue la plus parlée mais peu importait, de l'oral elle passait à l'écrit pour communiquer avec les habitants de cette petite ville. Une occidentale blonde qui parlait Chinois mais qui l'écrivait de la main gauche donna lieu à des attroupements assez burlesques mais toujours très sympathiques.

 

A mi journée, nous atteignîmes la limite Nord d'Yilan. C'est à ce moment là que nous pûmes admirer les rizières de près en nous baladant sur les minuscules routes en hauteur qui séparaient les champs. Ce jour là, j'étais loin de me douter que 5 ans plus tard, j'habiterais juste derrière ces rizières.

 

En fin de journée, peu de temps avant de rejoindre le train, nous étions à l'extrême Sud de la ville. En tournant à gauche dans une ruelle, nous sommes tombés sur un groupe de sculpteurs qui fabriquaient des divinités pour les temples. Un artisan nous fit visiter l'ensemble des ateliers et je pris beaucoup de photos. A l'époque, prendre des photos revenait assez cher car au prix de la pellicule, il fallait ajouter celui du développement.

 

A peine avions nous visité les ateliers qu'il nous fallait rejoindre la gare. Dans le train, je me souviens avoir dit à Marie que je ferai quelque chose des ces photos. Pourquoi ? Je n'en sais toujours rien, c'était plus fort que moi. Il existe de rares instants dans la vie où quelque chose nous pousse sans en connaître la raison.

 

Cinq ans plus tard, je revenais seul à Yilan à la recherche de ces sculpteurs ! Mon projet d'ethnographie sur leurs techniques de fabrication avait été accepté à l'EHESS par François Sigaut qui devint mon directeur de recherches. Le projet que je lui avais présenté s'étayait sur les photos prises cinq années plus tôt.

 

A bien y réfléchir, si nous avions eu quelques centaines de Kuai (dollards taiwanais) de plus le jour où nous nous sommes présentés à l'un des guichets de la gare de Taipei, je pense sincèrement que jamais je n'aurais fait d'études en Anthropologie Sociale, jamais ne serais devenu artiste peintre et jamais je ne me serais intéressé à l'Agriculture Naturelle.

 

Pour ceux qui n'ont pas connu François Sigaut, il était anthropologue des techniques, agronome et historien. Son directeur de recherches n'était autre que André-Georges Haudricourt. Je n'ai rencontré ce dernier qu'une seule fois, lors d'un séminaire sur l'agriculture organisé par François et d'autres directeurs de recherches. Il portait un étrange bonnet et plusieurs couches de vêtements qui lui donnait une allure engoncée. Il parla peu mais lorsqu'il ouvrit la bouche, ce fut pour titiller avec gentillesse un des intervenants au sujet des besoins de premières nécessités.

 

- Quels sont les besoins de secondes et de troisièmes nécessités ?

 

Ces yeux pétillaient comme ceux d'un gamin qui aime narguer les vérités sorties de la bouche des adultes.

 

Le plus beau compliment que m'ait formulé François Sigaut fut le suivant :

 

- J'ai trouvé le qualificatif qui vous va comme un gant ! Vous êtes espiègle ! dit-il avec ce tout petit sourire en coin qui m'amusait.

 

C'est vrai, je l'avoue, j'aimais mettre un peu d'ambiance lors des séminaires sur l'agriculture...

 

Fin 2012, je reçu un courriel d'une amie me précisant que François était très malade et que tous ceux qui le connaissaient pouvaient lui écrire une ultime lettre d'adieu.

 

Écrire à un ami dans ces circonstances n'est pas chose aisée. Je pris la plume, bien décidé de le taquiner une dernière fois en le remerciant car grâce à lui, j'avais inversé une vérité économique. J'étais parti piquer le boulot des Chinois et non l'inverse ! Je me souviens aussi lui avoir écrit qu'à propos des techniques abordées sous différents thèmes, telle la magie par exemple, il avait oublié les techniques liées aux miracles.

 

A vrai dire, je pense qu'il les avaient abordées mais c'était bien d'un miracle dont nous avions besoin. Je souhaitais cette lettre emplie d'espiègleries en espérant un petit sourire en coin de sa part.

 

Dire au revoir est important, mais la forme ne doit pas être pour autant triste et sans vie. J'étais au fond du gouffre lorsque je cherchais à faire sourire le destinataire de cette lettre à qui j'ai omis de préciser que Marie venait de décéder.

 

Beaucoup d'émotion liés à quelques grains de riz, n'est-ce pas ? Le lecteur qui m'a prévenu de la présence de ces semences sur Internet ne se doutait certainement pas du cadeau qu'il me ferait en m'envoyant le lien qui m'a permis d'en acquérir. Cela ne m'étonne même pas que ce fameux lecteur était un ami de Marie. Merci Cyril !

 

Alors je prendrai bien soin de la petite parcelle de riz que je compte bien chouchouter comme il se doit en appliquant à la lettre les recommandations de Masanobu Fukuoka.

 

J'imagine que je ne serai pas à l'abri d'erreurs mais j'y mettrai tout mon cœur et je vous inviterai à suivre la progression de cette petite rizière non inondée dans de prochains articles tout au long de l'année 2017.

 

En attendant, gardez le sourire et saupoudrez votre quotidien d'une bonne dose d'espièglerie.

 

LE Xiao Long

樂小龍

Le sceau chinois de l'artiste peintre LE Xiao Long sur lequel est écrit 樂小龍 qui en Chinois veut dire joyeux petit dragon.

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Commentaires : 4
  • #1

    david (dimanche, 26 février 2017 14:46)

    je suppose que vos graines viennent des chez kokopeli ?
    j'en ai commandé chez eux et test la culture de riz pour la première fois aussi ;)

  • #2

    LE Xiao Long (dimanche, 26 février 2017 18:34)

    Bonjour David,

    Effectivement, vous avez raison quant à la provenance des grains de riz ;) Gardons le contact et vous me direz comment votre riz se comporte chez vous.

  • #3

    david (samedi, 04 mars 2017 10:34)

    bonjour LE Xiao Long, jais lu aussi le livre de Masanobu Fukuoka
    C'est dans ce livre que jais appris que le riz n'avait pas obligatoirement les pieds dans l'eau (ou du-moins certaines espèces)
    je ne pratique pas(ou pas encore) l'agriculture du non agir , mais il m'arrive de laisser pousser un légumes issu d'un semis spontané
    pour le riz duborskian, jais trempé les grain une nuit et laissé germer dans une boite hermétique, jais ensuite tous mis dans une jardinière, dans petite serre qui elle est dans une serre froide, je pense les rempoter quand elle auront une certaine taille et pour finir les mettre en pleine terre après les saint glace
    je ne sais pas ci c'est la bonne technique, l'avenir nous le dira
    je ne manquerais pas de donner des nouvelles de mes plant de riz ;)

  • #4

    LE Xiao Long (samedi, 04 mars 2017 11:27)

    Bonjour David

    Super, nous pourrons comparer nos résultats ! Je vais bientôt semer le riz en enfermant les grains dans des boulettes d'argile et directement en place.

    Ce qui serait intéressant par la suite serait de comparer le système radiculaire du riz semé directement et celui que tu auras repiqué.

    J'écrirai un nouvel article dès que je sèmerai le riz duborskian dans le potager :)

    A+