De la tomate à la "méta-tomate"

tomate, potager, agriculture naturelle

Que les lecteurs m'excusent de ce néologisme mais je n'ai pas trouvé un meilleur suffixe pour parler de l'avenir de la tomate.

 

Avant de parler de "méta tomate", intéressons-nous à son histoire et à la tomate d'aujourd'hui. 

Bonne lecture !

Bref survol historique de la tomate

Une tomate de mon potager
Une tomate de mon potager

Heureusement pour nous, la tomate n'a pas attendu la peur que génère la mondialisation de nos jours pour voyager à travers le monde.

 

S'intéresser aux légumes ou aux fruits sous la lorgnette des échanges au gré de l'Histoire permet de mettre en lumière les drames et les espoirs qui l'ont forgée.

 

De Marco Polo à Christophe Colomb, de Matteo Ricci à James Cook, de Louis-Antoine de Bougainville à l'inconnu qui empruntait la Route de la Soie, tous sans exception ont façonné le monde dans lequel nous vivons. Ces échanges liés à la guerre, à la paix, au commerce, à la religion, à l'aventure ne sont pas l'apanage de l'Histoire. N'en déplaise aux personnes qui s'effraient de la Mondialisation des échanges, dès la Préhistoire les échanges sur de très longues distances existaient déjà. C'est humain, c'est tout.

 

La tomate a donc voyagé des Amériques au Vieux Monde suite à la conquête de ce continent par les Espagnols. Elle arrive en Espagne au XVIème siècle et a plus un intérêt de curiosité qu'autre chose. Progressivement le fruit de cette plante venue des Andes est consommé et commence alors son long périple en Europe et dans le reste du monde.

 

Au cours des siècles et des voyages à travers le monde, des paysans, des agriculteurs l'ont adaptée à leurs terroirs, sélectionnant avec patience des variétés différentes. Ce patrimoine variétal impressionnant est ce qu'ils nous ont légué au fil du temps.

Comment cultive-t-on la tomate de nos jours ?

agriculture naturelle, polyculture, masanobu fukuoka
Ne cherchez pas de tomates sur cette photo, il n'y en a pas.

Je serais tenté de dire que la manière la plus simple de cultiver une tomate est de la semer en pot ou directement et de laisser la Nature faire le reste.

 

En Agriculture Naturelle, par exemple, si l'on choisit de ne pas la semer directement, le pied de tomate est mis en terre et reçoit un seul et unique arrosage à la transplantation. Pas de piquet, pas de lien, le pied de tomate vit sa vie sans pinçage. En s'affaissant sous le poids des tiges, du feuillage et des fruits, les gourmands s'enracinent, revitalisent la plante et créent à leur tour d'autres pieds.

 

Entre cette technique et celle qui consiste à faire croître des tomates sous serres et hors sol, une myriade de techniques existent. La culture en plein champs, sans tuteurs avec paillage et sans arrosage en monoculture, avec tuteurs et pinçage etc., en passant par le particulier qui affine sa propre technique, la tomate est traitée de manières diverses en fonction de ses besoins et de ses convictions personnelles.

 

En France, la tomate de plein champ disparaît au profit de la tomate hors sol et sous serre.

 

Permettez-moi de m'arrêtez sur cette technique que certains pensent être une évolution positive. J'insiste sur l'adjectif "positif" car nous avons trop tendance à oublier qu'une évolution puisse être négative. 

La tomate hors sol sous serre

tomate, potager, agriculture naturelle, sans arrosage, masanobu fukuoka
Tomates plein sol sous ciel

Si vos enfants émettent le souhait de devenir un jour producteurs de tomates hors sol sous serre, chers parents, commencez à économiser pour vos progénitures car il faut être riche pour se lancer dans une telle aventure.

 

Effectivement, un hectare de serre, selon le Journal La Croix et un spécialiste de la question, coûte 1 million d'Euros.

 

Il s'agit là d'une belle évolution... tout du moins concernant les prix liés à l'investissement.

 

Évidemment, comme le souligne l'article qui est accessible via le lien ci-dessus, le coût de l'investissement lié à cette activité de pointe a pour conséquence une diminution des producteurs qui ne peuvent pas se permettre d'apporter les fonds nécessaires.

 

Gestion informatisée du processus technique, goutte à goutte, stabilité de chaleur, serres, achat de pollinisateurs pour ce milieu fermé et alimentation artificiel des tomates etc. a effectivement un coût qui s'accroît d'années en années. 

 

Ces tomates qui ne connaissent pas la terre, ni la pluie, ni le vent, ni le soleil direct prennent place dans nos assiettes. Mais comme les coûts augmentent, le business-man, je ne peux pas parler d'agriculteur dans ce cas précis, ne peut faire autrement que d'augmenter sa production par pied de tomates pour être bénéficiaire. Non seulement ses pieds de tomates devront produire plus, mais la période de production devra être plus large.

 

Pas de soucis, les scientifiques aideront ce business-man en créant de nouvelles variétés produisant plus de tomates bien rouges et le plus souvent insipides. Insipides ? Pas pour longtemps, la "méta tomate" arrivera bientôt sur nos étales. 

La méta tomate, une histoire de goût

biodiversité, agriculture naturelle, masanobu fukuoka, polyculture
La biodiversité n'est pas un mythe.

Que deviendrions-nous sans nos chercheurs, nos scientifiques qui, par pur altruisme, s'abaissent jusqu'à penser aux papilles de la plèbe, des Sans Dents, du bas peuple ?

 

Merci ! Merci à eux, grâce à qui demain, des hybrides que nous pourrons compter sur les doigts de la main, balaieront la diversité établie due à la patience des paysans au fil des siècles.

 

Je n'invente rien ! Actuellement une poignée de scientifiques décide pour nous ce que notre goût devra être demain.

 

Que je me sens stupide de croire que les goûts et les couleurs peuvent varier d'une tomate à l'autre. Le nivellement gustatif n'est pas de la science fiction, il est proche et nous méprise sous couvert d'une intelligence supérieure. Nous ne pouvons pas comprendre, c'est scientifique !

L'optimiste regarde la lune et les étoiles : exemple de la pastèque Moon Stars

Malgré ce triste constat, cette dictature du goût, je reste un éternel optimiste. Je crois en l'intelligence, pas à celle des esprits obscurs aux visions discriminantes, mais à celle des personnes qui pensent aux générations futures.

 

Pour illustrer cet optimisme, j'aimerais prendre l'exemple d'un autre fruit, la pastèque et plus exactement la pastèque Lune Étoiles.

 

Ce pourrait être un compte pour enfants. Un jour, aux USA, une télévision invita un spécialiste de l'agriculture qui venait parler de la pastèque. Cet invité, au cours de l'émission, déplora le fait qu'une pastèque anciennement cultivée avait disparue de la surface de la terre. Il était question de la Moon Stars, la Lune étoiles.

 

Un homme pris son téléphone et contacta la rédaction de cette chaîne de télévision. Il venait de prendre conscience qu'il était le seul au monde à cultiver dans son potager la pastèque disparue.

 

Si ce particulier n'avait pas regardé la télé ce jour là, il est fort possible que la pastèque Lune Étoiles n'existerait plus.

 

Cette année, lorsque j'ai récupéré les graines des pastèques Moon Stars dans mon étrange potager, je n'ai pu m'empêcher de penser à cet inconnu qui de générations en générations fut le dernier détenteur de semence.

 

LE Xiao Long

樂小龍

Le sceau chinois de l'artiste peintre LE Xiao Long sur lequel est écrit 樂小龍 qui en Chinois veut dire joyeux petit dragon.

Écrire commentaire

Commentaires : 0