La girafe a de la chance

graines, voie d'extinction

La girafe, actuellement menacée d'extinction, a de la chance d'être emblématique.

 

 Cette géante élancée peut cacher l'arbre qui lui-même cache la forêt. 

 

Bonne lecture !

L'esthétique au cœur du problème

La girafe a de la chance d'être une belle géante ancrée dans l'imagerie animalière collective. Facile à représenter dès la tendre enfance à l'aide de crayons ou de pâte à modeler, ce ruminant au long cou connu de tous a pour principale source d'alimentation l'abroutissement d'arbustes, d'arbres et de lianes.

 

Heureusement pour elle, il s'agit d'un mammifère, d'un herbivore paisible dont les critères de beauté humains l'ont élevée au dessus de beaucoup d'autres espèces moins attractives.

 

Ce statut complètement arbitraire lui donne de bonnes chances de ne jamais disparaître.

 

Triste constat ! Mieux vaut être imposant ou mignon que petit et laid pour que le publique s'indigne en cas de disparition annoncée.

 

La girafe cache l'arbre qui cache la forêt ! Les bébés phoques aux yeux attendrissants, les ours polaires qui nous révoquent notre doudou, les baleines majestueuses aux chants qui nous émeuvent, les dauphins amis surdoués des mers, tous, sans exception, font appel à la vision erronée que l'humanité a de la Nature.

 

La notion d'esthétisme est un fantasme humain qui nous éloigne d'une vision objective de la Nature. Mieux vaut être un dauphin qu'un requin, un bébé phoque qu'une vipère d'Orisini (Vipera ursinii), un ours polaire qu'un lynx boréal.

 

Notre vision discriminative de la Nature n'a pas de raison d'être. La Nature est globale et n'a aucune échelle de valeur. Aucun de ses éléments ne surpasse un autre, la Nature est.

 

Alors la girafe a encore un bel avenir devant elle jusqu'au jour où notre vision étriquée de la Nature aura méprisé un insecte ou tout autre animal n'entrant pas dans notre conception esthétique. La disparition de ce rebut de "Notre Nature", cet insignifiant pour notre intelligence, ce moins que rien de notre échelle de valeurs sonnera le glas de notre si gentille, si belle girafe.

 

Toute disparition est un drame entraînant une réaction en chaîne dans le monde du Vivant. Nature inerte, végétale et animale ne sont que des catégories humaines. La Nature forme un Tout qui transcende notre intelligence. Restons humbles, nous ne la comprendrons jamais, elle ne peut se résumer par l'ensemble de notre savoir scientifique. Par contre, nous pouvons la respecter et accepter que chaque élément la constituant est égal à un autre.

 

Notre échelle de temps, le temps humain n'existe pas dans la Nature. Combien de temps faudra-t-il pour que la disparition de ce que nous prenons pour négligeable (l'insecte que j'ai pris en exemple plus haut) entraîne finalement la disparition d'une espèce d'arbre ou d'arbuste qui constitue le régime alimentaire de la girafe ? Personne ne peut répondre à cette question.

Girafe et braconniers

 

Encore une fois, je n'écris pas pour faire plaisir à tout le monde mais simplement pour réfléchir.

 

Qu'est-ce qu'un braconnier ? C'est un chasseur qui n'a pas le permis de tuer.

 

Comme les Media se sont intéressés au risque de la disparition de la girafe sans pour autant nous expliquer le pourquoi de cette disparition, je me suis documenté sur les raisons du braconnage de la girafe.

 

Certaines coutumes ou croyances semblent être au coeur du problème. Certains pensent que la consommation de la cervelle de la girafe combat le VIH. Que je me sens stupide ! Moi qui pensais que le préservatif était une bonne alternative !

 

D'autres braconniers ne s'intéressent qu'à la queue de la girafe. Il semble en effet que des coutumes liées aux mariages fassent de la queue de la girafe une offrande prisée lors de cette cérémonie.

 

Sciemment, je ne vous donne pas de nom de pays, il ne s'agit pas ici de pointer du doigt telle ou telle population. La connerie est une des rares choses également répartie sur l'ensemble de la planète. Si vous en doutez, je vous invite à faire des recherches sur Internet. Vous verrez que certains et certaines (oui, la connerie n'est pas sexiste), se sont lancés dans une course effrénée au buzz et au pouce levé en posant avec, entre autre, la girafe qu'ils viennent d'abattre.

 

Ha ! Chers selfies morbides quand tu nous tiens ! Passons...

 

Les poils de l'extrémité de la queue sont utilisés pour la confection de bracelets porte-bonheur.

 

En fonction des lieux géographiques, la girafe peut aussi attirer les braconniers pour la peau, la chair etc.

 

Mais le braconnage n'est pas le seul élément lié à la disparition de la girafe. La déforestation, l'avancée de l'agriculture sur son territoire, l'urbanisation ont amorcé sa disparition bien en amont. 

Parcs et réserves naturelles ?

 

Je souhaite rendre hommage à une amie ethnologue qui nous a quitté prématurément. Je me souviens des discussions passionnées que nous avions eu, Geneviève Busson et moi, à propos des décisions environnementales et écologiques. 

 

Geneviève, jeune étudiante à l'EHESS de Paris, m'a ouvert les yeux il y a 20 ans sur l'importance d'une vision globale d'un phénomène bien avant que je ne rencontre au hasard de mes lectures les livres de Masanobu Fukuoka.

 

Geneviève avait travaillé sur les derniers ivoiriers français (les personnes qui travaillent légalement l'ivoire) et sur les conséquences des mesures prises pour la protection des éléphants d'Afrique. Ces artisans français que l'on pouvait compter sur les doigts des deux mains avaient de graves problèmes d'approvisionnement.

 

En effet, des tonnes d'ivoire étaient bloqués par les douanes pour une raison toute simple. Les douaniers, à qui l'on ne peut pas reprocher de ne pas être des spécialistes de l'ivoire, bloquaient aussi bien l'ivoire d'éléphant indépendamment des dates d’abattage mais aussi l'ivoire fossile de mammouth et l'ivoire de synthèse.

 

Sur le terrain, en Afrique, un autre problème était dû à l'accroissement de la population d'éléphant sur de rares zones. Certains agriculteurs voyaient leurs productions vivrières anéanties par les éléphants.

 

En un mot, une décision environnementale à laquelle nous retirons de l'équation l'homme peut avoir des répercutions néfastes même si nous ne pouvons nier que la dite décision fut prise de bonne foi.

 

Un autre exemple que Geneviève m'avait mentionné était la décision prise à propos d'un bois tropical dont une sous espèce était en voie de disparition. Pour éviter la disparition de cet arbre, les pays non producteurs dont la France en avait interdit l'importation.

 

Encore une fois, une vision discriminatoire eut des conséquences inverses du but souhaité. Nous avions oublié que des personnes, à l'autre bout de la planète, vivaient de cette production dont l'arbre en question n'était qu'une sous espèce parmi d'autre sous espèces non menacées.

 

Qu'arriva-t-il ? A nos frontières, personne ne put reconnaître la sous espèce menacée et comme pour l'ivoire, beaucoup de bois non concernés furent bloqués et par voie de conséquence interdits.

 

Mais à l'autre bout de la planète, comme chez nous, une activité économique fait vivre. Beaucoup d'arbres, menacés ou non, furent arrachés afin d'implanter une économie de substance par le biais de l'agriculture. Une décision écologique peut être désastreuse pour l'écosystème, il faut en être conscient. Toute la difficulté revient à avoir une vision globalisante d'un problème et non une réaction vive et rapide même si elle est légitime.

 

Concernant la girafe, l'idée de réserves naturelles prend forme. C'est bien. C'est bien pour les girafes mais les girafes ne sont qu'un élément dans un ensemble plus complexe où l'homme, au même titre que la girafe, doit être pris en compte.

 

En tant que Français, je me vois mal faire la morale aux Africains alors qu'une poignée d'ours bruns dans les Pyrénées suscitent des passions qui vont de la préservation à l'extermination ! J'aurais le même genre de difficultés si je leur parlais du lynx ou du loup.

 

Je n'oublie pas que l'Afrique a subi des découpages arbitraires de frontières, que des réserves naturelles tout aussi arbitraires ont été implantées dans le cadre de bons sentiments. Je ne remets pas en cause les réserves naturelles, je dis simplement que l'élément humain doit être intégré et pris en compte. Populations sédentaires et nomades coexistent, des routes (pas dans le sens de routes bitumées) relient librement ces populations bien avant l'époque moderne.

 

Que le braconnage soit montré du doigt est légitime. Que certaines coutumes ou croyances médicamenteuses soient combattues est évident. Mais le vrai problème, celui qui ne concerne pas que la girafe d'ailleurs, est ce que nous faisons de notre Terre.

 

L'agriculture chimique laissée aux mains des scientifiques, que certains osent nommer l'agriculture conventionnelle; est au coeur du problème. Trouvez-vous normal que la dette du riz de certains pays africains soit si importante ? Où sont passées les cultures vivrières, les semences autochtones ? 

 

Lorsque Masanobu Fukuoka se rendit en Afrique pour s'intéresser aux camps de réfugiés en Somalie pour leur apporter des graines, les autorités furent très claires : concernant l'autosuffisance des paysans, si l'expérience prenait de l'ampleur, "elle serait considérée comme insurrection". [Masanobu Fukuoka - Semer dans le désert - Editeur Guy Trédaniel - 2014 - p. 120].

 

Une guerre des plus sournoises et très peu médiatisée est en train d'anéantir notre environnement. Nous pourrions nommer ce conflit "la guerre des semences".

 

Finalement, l'avenir de la girafe sera une question de choix. Il est temps que la notion d'harmonie prenne le relais. "La révolution d'un seul brin de paille" n'est pas une utopie, faisons en sorte qu'elle prenne vie. 

 

LE Xiao Long

樂小龍

Le sceau chinois de l'artiste peintre LE Xiao Long sur lequel est écrit 樂小龍 qui en Chinois veut dire joyeux petit dragon.

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Commentaires : 4
  • #1

    Bernier (mardi, 13 décembre 2016 09:20)

    Tout est dit...Mais TOUT sera t il enfin compris par l'homme. ..Je souhaite de tout coeur qu'il ne le comprenne pas trop tard, mais ça ........

  • #2

    LE Xiao Long (mardi, 13 décembre 2016 11:57)

    Bonjour Marie,

    Les écrits, pessimistes ou optimistes, ne servent pas à grand chose. Seule l'action compte et nous sommes tous capables de changer l'avenir. Ce n'est qu'une question de volonté.

    Je n'y crois pas parce que j'écris, j'y crois car j'agis.

  • #3

    Cyril (mardi, 27 décembre 2016 19:53)

    coucou Patrick,

    Pour en savoir plus sur la "guerre des semences" dont tu parles, je t'invite à découvrir et faire connaitre l'association Kokopelli, (l'un des) fer(s) de lance de la Lutte ;)

    http://kokopelli-semences.fr/qsn/presentation_de_kokopelli

    Cette association constitue une banque libre de semences traditionnelles, qu'elle étoffe au gré d'échanges entre paysans, notamment lors de festivals internationaux de la Semence, au grand dam des industries mortifères de la semence, qui l'attaquent régulièrement en justice...ils se font bien sûrs déboutés, mais leur seul objectif est d'épuiser ces Résistants, et d'empêcher la libre circulation des semences.

    Les semences disponibles sur le site de Kokopelli donnent des fleurs ou légumes parfois déroutants, qui feront le bonheur de vos jardins (et de vos estomacs) !

    un très Joyeux Solstice d'Hiver ! :)

    amicalement,
    Cyril.

  • #4

    LE Xiao Long (mardi, 27 décembre 2016 20:09)

    Bonjour Cyril,

    Je connais cette association dont tu parles et son combat. Mon but ici n'est pas de faire de la publicité pour une quelconque association mais de faire réfléchir.

    Je tiens à mon intégrité et à ma liberté d'où ma non affiliation à une association ou tout autre regroupement écologique. Libre à mes lecteurs de naviguer sur Internet afin de se forger leur opinion.

    En tout cas, merci pour ton intervention ici même et passe de bonnes fêtes de fin d'années avec toute ta famille.