Résumé :A partir d’un objet usuel, le parapluie, et d’une série d’observations sur l’eau à Taïwan, les idées peuvent s’enchaîner jusqu’à devoir aborder des domaines aussi différents, au premier abord, que l’élevage de porc, la climatisation, l’agriculture, les escaliers, les petits jardins, la cuisine, etc.. Pourtant, tous ces domaines sont peut-être liés par le même schéma de pensée : un monde hostile et un monde paisible au centre desquels l’acteur est chinois.
Lorsque nous partons sur ce que nous appelons communément le « terrain », l’observation déborde souvent le champ d’application que nous nous étions fixés. Il nous arrive alors de noter des détails qui n’entrent pas dans le cadre de notre étude et « pour passer le temps » ou se changer les idées, nous commençons de petites enquêtes parallèles lorsque notre curiosité a été piquée au vif. Cet article n’est qu’un début de réflexion dont l’élément de départ est un objet des plus communs : le parapluie.
Lors de deux séjours à Taïwan, je fus étonné par l’utilisation presque généralisée du parapluie de la part de la population. En effet, dès que la pluie tombe, qu’il s’agisse d’une petite ondée ou d’une averse, les parapluies semblent fleurir instantanément. Rares sont les Chinois qui sortent sans lui, et s’ils l’ont oublié, ils s’empressent d’en acheter un dans les stands qui poussent, eux aussi, instantanément aux coins des rues dès la première goutte.
Le parapluie n’est pas l’exclusivité du marcheur, on l’utilise aussi bien à pied, qu’en vélo et en scooter et cela malgré la difficulté de conduire d’une main ! Ma curiosité se serait arrêtée là si, sur le site où j’étudiais la fabrication de statues bouddhiques et taoïques1, le comportement des artisans ne l’avait pas ravivée. Les ateliers, au nombre de quatre, n’étaient séparés que de quelques enjambées et il était possible de passer de l’un à l’autre en quelques secondes. Pourtant, dès que la pluie arrivait, les artisans se servaient de parapluies pour traverser la rue et, ce qui m’intriguait le plus, était de les voir se munir d’un bout de carton, ou même de se protéger la tête avec une main lorsque le parapluie leur faisait défaut. Cette réaction face à un élément naturel me semblait trop importante, trop constante pour ne pas cacher autre chose.
Je menais donc une « petite enquête parallèle » sur la perception de la pluie sans savoir où cela me mènerait. J’avais remarqué l’importance du climat sur le comportement des artisans sculpteurs. Les jours de beau temps, l’ambiance était à la rigolade, les blagues et les jurons fusaient, mais dès que la pluie balayait les rayons du soleil, les artisans devenaient maussades et très peu bavards. Plutôt que de leur poser directement la question : « Pourquoi utilisez-vous toujours le parapluie dès qu’il pleut ? » - Car j’étais pratiquement certain de la réponse : « Parce qu’il pleut ! » - Je décidai de provoquer une réaction en me baladant d’atelier en atelier sans aucune protection. La récolte fut bonne. Alors que je traînassais volontairement sous une petite ondée, Lin Defu, le peintre, m’apporta un parapluie ! Selon lui, l’eau qui tombait du ciel n’était pas bonne pour mes cheveux2. Je questionnai donc les autres artisans sur la connotation mauvaise de l’eau. Selon eux, la pollution de l’air était en cause et l’acidité de la pluie pouvait provoquer la chute des cheveux. Je retrouvais la même explication partout, que ce soit avec mes colocataires, des étudiants, ou même de la part d’amis Taïwanais que je connais sur Paris.
Je commençais à croire que pour les Chinois, il existait une bonne eau et une mauvaise eau ; j’étayais cette hypothèse en élargissant le champ d’étude aux différentes manières d’appréhender l’eau.
L’eau de pluie
Comme nous l’avons vu, l’eau de pluie est considérée comme mauvaise ; la cause (à Taïwan) serait récente et liée à la modernité car on l’impute à une forte concentration de pollution qui la rend acide. Mais lorsque l’on se penche sur l’histoire de la Chine, on voit combien les fortes pluies peuvent être dévastatrices. La construction des digues, par exemple, est intimement liée à l’histoire de ce peuple qui a connu de nombreuses catastrophes lorsque ces dernières cédaient3.
Arbres arrachés après le passage d'un typhon en août 1996 à Yilan (Taiwan)
Les typhons à Taïwan et sur la partie Sud de la Chine continentale sont parfois d’une violence extrême et l’alliance du vent et de la pluie a des conséquences dramatiques pour l’agriculture, les infrastructures et les hommes. Dans ces conditions, on comprend aisément la connotation négative attribuée à la pluie.
Cependant, il serait malhonnête de déclarer que l’eau de pluie ne peut être que mauvaise car nous laisserions dans l’ombre la part bonifiante de l’eau dans le cadre de l’agriculture et négligerions ainsi un autre élément intimement lié à l’histoire du peuple chinois, à savoir l’irrigation. Un gros point d’interrogation restait donc, à ce moment là, suspendu au dessus de l’étude !
Afin de comprendre dans quel cas l’eau peut être considérée comme bonne ou mauvaise, nous proposons, ici, de mettre l’accent sur trois thèmes : l’eau et la consommation, l’eau et la nage et l’eau et les mondes parallèles.
L’eau et la consommation
Dans le cadre de la consommation de l’eau, la dichotomie « eau bonne » et « eau mauvaise » est des plus flagrantes à Taïwan et en Chine. L’eau sortie du robinet est considérée comme mauvaise, elle ne devient consommable qu’après avoir été portée à ébullition.
A Taïwan, divers dispositifs de filtres sont utilisés par la population. Le plus simple de ces appareils, branché sur le robinet, comporte un seul filtre, le plus compliqué que je connaisse en comporte trois. Bien qu’en théorie l’utilisation de ces filtres rende l’eau potable, je n’ai jamais vu quiconque en boire sans la faire préalablement bouillir. Selon les étudiants avec lesquels je vivais, le système de filtrage permettait de réduire le temps de l’ébullition4, mais ils n’avaient aucune confiance en ce dispositif5.
L’eau est généralement consommée chaude ou tiède mais il existe une eau souvent bue glacée, celle des bouteilles d’eau minérale6 .
Il serait faux de croire que les Chinois ne boivent pas d’eau pendant leur repas. Certes, l’absence de bouteille ou de carafe d’eau sur la table pourrait nous induire en erreur. L’eau, pendant les repas, est absorbée sous forme de soupe très chaude. Le thé, quant à lui, est consommé hors des repas, plutôt entre amis à la maison et sur le lieu de travail.
Il existe une dernière catégorie de consommation d’eau : la glace. Je n’ai répertorié que deux utilisations distinctes. La première est certainement d’origine ancienne à Taïwan, il s’agit de glace râpée servie dans une petite assiette que l’on recouvre par la suite de morceaux de fruits frais, de sirops et de confitures liquides. Nous pouvons, sans trop de risques, rapprocher cette utilisation de la glace aux propos de Xavier de Planhol, qui, dans son ouvrage L’eau de neige - Le tiède et le frais, nous apprend qu’en Chine « l’usage proprement alimentaire de la glace remonte également à une haute antiquité ; mais il s’est limité à une destination bien particulière : la conservation et le rafraîchissement des fruits, qu’on sert volontiers entremêlés de petits morceaux de glace7 . » La deuxième utilisation m’est inconnue. Il s’agit de glaçons vendus dans les supermarchés qui, je pense, doivent servir à rafraîchir les boissons de type sodas sous l’influence des fast-food américains ou à conserver les aliments dans une glacière lors des pique-niques.
L’eau et la nage
La nage peut être pratiquée en trois lieux : en mer, rivière et piscine. La mer n’est que peu fréquentée par les nageurs, il faut dire que le littoral de Taïwan n’est pas toujours accessible, surtout sur la côte Est. Il existe cependant de petites plages mais le taux de fréquentation est très bas. La mer fait peur et une bonne plage est une plage où l’on a pied très loin, le nec plus ultra étant d’avoir de l’eau jusqu’à la ceinture. Je serais tenté de dire qu’on y barbotte plus qu’on y nage. De toute façon, la condition sine qua none est que l’endroit soit « hen renao », c’est-à-dire très fréquenté.
Barbecue au bord d'une rivière - un endroit "hen renao" ! (Taiwan - 1996)
La préférence aquatique des Chinois de Taïwan est de loin la fréquentation des petites rivières et cours d’eau de montagne. On y emmène femme, enfants et amis et c’est souvent l’occasion de lier au plaisir de l’eau celui de la bonne cuisine sur barbecue. On y retrouve les mêmes constantes, la profondeur de l’eau est très faible et le lieu est « hen renao ». Les enfants construisent de petits barrages à l’aide de pierres pour s’asseoir dans une eau calme, mais la plupart du temps, le seul contact avec l’eau est d’y tremper les pieds, comme à la mer d’ailleurs.
La piscine doit, elle aussi, remplir les deux conditions citées ci-dessus8 . Pour les fanas des longueurs, mieux vaut s’abstenir et se cantonner aux largeurs lorsque cela reste possible : l’espace réservé où l’on a pied est plus important que celui que l’on trouve dans les piscines françaises, par exemple, et il est « feichang renao » (extrêmement fréquenté) ! Mais il est à noter que les plus grandes profondeurs aquatiques que fréquentent les Chinois de Taïwan sont celles des piscines.
L’eau et les mondes parallèles
L’eau à Taïwan serait considérée comme une porte pouvant s’ouvrir sur ce que j’appelle les mondes parallèles, c’est-à-dire ceux des morts. Afin de mieux comprendre ce qui va suivre, ouvrons une petite parenthèse sur « la vie d’un mort » sans toutefois se « noyer » dans les détails.
Un mort a les mêmes préoccupations matérielles qu’un vivant, il doit se nourrir, se vêtir et se loger. Il existe donc une économie post-mortem qui, me semble-t-il, est la reproduction de l’économie des vivants. Les descendants doivent veiller au confort de leurs ancêtres, sans quoi ces derniers viendraient leurs créer quelques tracas. Parmi les morts, certains se retrouvent en enfer, à cause, par exemple, d’une mauvaise conduite dans le monde des vivants. Mais l’enfer chinois à la particularité d’être un lieu d’où l’on peut sortir, puis gravir les différentes étapes pour atteindre ce que nous nommerons, improprement ici, le paradis.
Or, chaque année, les portes des enfers s’ouvrent durant la totalité du septième mois lunaire (juillet - août). Pendant ce mois, les fantômes peuvent enfin se nourrir avant d’attendre presque un an la réouverture des portes. Mais les vivants peuvent aussi aider ces infortunés à quitter définitivement l’enfer en les aidant financièrement, par exemple, ou en leur offrant des maisons dans lesquelles ils pourront s’installer.
L’ouverture des portes des enfers est une cérémonie qui se déroule au bord d’une rivière la nuit9. La foule - participants et spectateurs - s’y amasse, d’énormes tas de billets pour les morts sont constitués le long de la rive, les maisons de papiers destinées aux morts sont remplies de ces billets jaunes.
Maisons de papier destinées aux morts - Cérémonie de l'ouverture des portes des enfers
Yilan - 1996 (Taiwan)
Après l’ouverture officielle de la cérémonie, les maisons de papiers sont mises une à une à la rivière puis sont enflammées. Leur socle, sans doute du polystyrène, leur permet de flotter et ces torches insubmersibles éclairent sur leur passage le cours paisible et noir de la rivière, dont la rive s’embrase à son tour des milliers de billets qui viennent d’être allumés. Dès que les dernières flammes expirent, la cérémonie d’ouverture est terminée et la foule quitte les lieux sans tarder.
Rives et rivières en feu lors de l'ouverture des portes des enfers
J’ai ressenti comme de la peur ou de l’angoisse de la part des gens qui partaient à ce moment précis. Le lendemain, mes amis sculpteurs m’affirmèrent que non. Néanmoins, il y a des regards, des atmosphères qui ne trompent pas, des choses que l’on ressent, des tensions qui enveloppent soudainement le temps. La cérémonie terminée, je suis allé récupérer mon vélo que j’avais parqué devant les ateliers des sculpteurs. Là, un des artisans est venu à ma rencontre et m’a invité à me joindre au repas organisé sur la digue où d’autres sculpteurs et des voisins avaient pris place. J’ai tout d’abord décliné l’invitation mais il insista. Il était tendu et soucieux et me déclara :
« Ce soir, il ne faut pas rester seul, il faut se réunir avec ses amis, sa famille. Il faut que tu viennes avec nous. »
Il est important de noter que, pendant ce mois lunaire et selon les croyances locales, il est très dangereux de se baigner car les risques de noyade, dus à la présence des fantômes, augmentent considérablement10. Intéressé par toute donnée technique, je demandai à mes colocataires comment les fantômes s’y prenaient pour noyer les baigneurs. La technique est fort simple : ils entraînent leur proie dans les profondeurs en les tirant par les pieds !11
Brève analyse des premières données
Cette dichotomie - eau bonne et eau mauvaise - était-elle fondée ?
-
Bonne
Mauvaise
Pluie (pour l’homme : h) (pour l’agriculture : a)
-
-
Ondées
X (a)
X (h)
Averses
X (a)
X (h)
Typhon
-
X (a,h)
Consommation
-
-
Eau bouillie
X
-
Eau du robinet
-
X
Eau de cuisson
X
-
Eau minérale
X
-
Glace
X
-
Natation
-
-
Rivière
(X)
X*
Mer
(X)
X*
Piscine
(X)
?
(X) : doit remplir certaines conditions pour être considérée comme bonne.
X* : considérée comme mauvaise pendant la période de l’ouverture des portes des enfers.
A première vue, nous serions tentés de dire que l’eau bonne a reçu un traitement humain. Mais, l’opposition « nature - culture » est-elle réellement fondée ? Si nous regardons de plus près ce tableau, nous nous apercevons que l’eau de pluie peut être à la fois bonne ou mauvaise : bonne pour l’agriculture mais mauvaise pour l’homme qui la reçoit. De plus, un troisième élément est à prendre en considération, il s’agit des mondes de l’au-delà : où devons-nous les situer ? Sont-ils naturels ? Surnaturels ? Culturels ? Ou encore, sont-ils les trois à la fois ?
Mis à part les typhons, la pluie peut donc être considérée comme bienfaisante ou malfaisante mais rien ne laisse supposer que cette dichotomie se vérifiait dans le passé. Comme nous l’avons vu précédemment, la raison pour laquelle la pluie est mauvaise pour l’homme est imputable à une pollution récente. Les schémas de pensée liés à l’eau de pluie, dans ce cas précis, sont donc récents eux aussi et n’impliquent peut-être pas qu’il en fut de même dans un passé proche ou éloigné.
Le parapluie m’avait donc obsédé pour rien ! Jusqu’au jour où, l’obsession passée, le parapluie resurgît de manière inattendue !
Le coup du parapluie
Les recherches que je menais sur la fabrication des statues m’entraînèrent dans un temple dédié à LU BAN. LU BAN est un personnage historique et mythique considéré comme le Patron des charpentiers en Chine. Dans l’une des brochures que m’avait offertes le gardien du temple, le parapluie, que j’avais fini par oublier, resurgît comme pour hanter mes pensées. En effet, dès les premières lignes, l’énigme du parapluie s’imposait de nouveau :
« Le maître LU BAN est né en 507 avant l’ère chrétienne. Non seulement il a été un maître aux talents supérieurs de son époque dans le génie civil, mais il fut aussi un expert en matériel de guerre et d’armement, son talent s’étendant à la connaissance des cinq métaux12. C’est à cette époque que son épouse fut aussi l’inventeur du parapluie, de sorte que ce couple de personnes extraordinaires luttait, telle la lune et le soleil pour se disputer la gloire. »
Je restai perplexe devant cette comparaison de carrières dites si extraordinaires. D’un côté nous avons le maître LU BAN à qui, tout du moins dans l’histoire mythique, on attribue l’invention d’une multitude d’outils géniaux concernant le travail du bois et de l’autre côté de la balance, nous trouvons son épouse, l’inventeur du parapluie !
De retour sur le site, je demandai des explications aux sculpteurs sur l’importance du parapluie, mais en guise de réponse, je ne réussis qu’à provoquer un état de joie de ceux qui venaient d’apprendre que la femme de LU BAN en était la créatrice !
Je maudissais tous les parapluies que je trouvais sur mon chemin les jours de pluie mais aussi les jours de beau temps car lorsque les rayons du soleil devenaient trop chauds, le parapluie était de sortie!13
Quelques sources ethnographiques concernant l’eau et les Chinois
De retour en France, la parapluviamania s’immisça dans mes lectures. Je vous propose ici de faire le point sur quelques ouvrages dans lesquels des indices intéressants illustrent et complètent les rapports qu’entretiennent les Chinois avec l’eau et où l’on retrouve finalement notre parapluie !
« Gods, Ghosts and Ancestors » - David K. Jordan
Dans cet ouvrage où David K. Jordan étudie, entre autres, les pratiques et les croyances religieuses dans un village taïwanais, deux passages retiennent ici notre attention :
« Il semble que les chinois redoutent particulièrement la mort par noyade. Un des vingt-quatre dangers pour la vie des jeunes enfants que les almanachs traditionnels tentent de prédire est la noyade. Lorsque les esprits des ancêtres sont appelés à participer à des funérailles, ceux qui furent morts noyés sont l’objet d’une invitation séparée. On dit que les fantômes des noyés restent sur les lieux du drame pour entraîner d’autres victimes vers le fond dans le même point d’eau et les noyer. Il se peut aussi que les noyades soient plus fréquentes chez les chinois du fait que peu d’entre eux savent nager, et l’on peut supposer que le fait de continuer à réagir de cette façon si particulière vis à vis des morts par noyade encourage, peut-être, la panique face à un cas d’urgence dans l’eau »14
Puis, à propos d’un jeune garçon qui se noya dans un vivier, l’auteur nous rapporte les propos d’un informateur :
« Il a été entraîné vers le fond par un fantôme. Quelqu’un est mort ici avant, et quand quelqu’un meurt, il est fréquent que son fantôme veuille en attirer un autre après lui... Beaucoup de personnes sont mortes ici. Je ne sais pas combien.15»
Au travers de ces deux citations, nous avons la confirmation que la crainte de la noyade est bien en relation avec le monde des morts et pas nécessairement durant l’ouverture des enfers.
« The Cult of the Dead in a Chinese Village » - Emily Ahern
Les trois premiers chapitres de ce livre sont consacrés à la description des quatre hameaux qui constituent le village de Ch’inan (Nord de Taïwan). Chaque hameau est dominé par les membres d’un lignage patrilinéaire distinct et porte respectivement le nom de ce lignage. Voici ce que nous rapporte l’auteur sur l’architecture de celui des Ui :
«Parce que les pièces sont directement adjacentes, on ne circule jamais sans avoir un toit au dessus de la tête le long de cet itinéraire. A vrai dire, les Ui avouent fièrement que l’on peut marcher d’un bout à l’autre du hameau en temps de pluie sans que l’on ait recours au parapluie16.»
Cette fierté, comme l’analyse très bien Emily Ahern, vient du fait que l’architecture du hameau des Ui reflète l’état de santé du lignage : nous sommes face à un groupe soudé, replié sur lui-même, un front uni face à l’extérieur. Mais, pourquoi l’exemple choisi pour illustrer cette fierté est-il en rapport avec l’eau ?
Dans le chapitre intitulé « La géomancie des tombes », l’auteur cite plusieurs exemples calqués sur ce qui pourrait nuire aux vivants et incommodent les morts (odeurs des toilettes trop près d’une tombe, fumée noire provenant d’une cheminée et se déposant sur une tombe, etc.). Le passage que nous avons retenu concerne les inconvénients liés à l’eau après le second enterrement17 :
« Un autre homme me déclara que dans un rêve, juste après la fête du nettoyage des tombes, il avait vu de la pluie tomber sur son père à travers le toit. Une fois revenu sur la tombe de son père, il découvrit que les planches placées au dessus de l’urne contenant les os avaient bougées, permettant ainsi à la pluie de ruisseler sur l’urne.[...] La présence de fourmis ou d’excès de moisissure peut être une raison pour déplacer l’urne vers une autre place ayant un meilleur hong-cui18, c’est-à-dire vers un endroit sec ou avec moins de fourmis.19 »
« Le Rameau d’Or » - James George Frazer
Aux propos d’Emily Ahern, nous vous proposons d’ajouter ceux de Sir Frazer qui peuvent aussi nous éclairer sur le rapport de l’eau de pluie et des morts en Chine :
« Les Chinois sont convaincus que lorsque des corps humains restent sans sépulture, les âmes de leurs propriétaires ressentent les inconvénients de la pluie, absolument comme des vivants qui seraient exposés, sans abri, aux inclémences du temps. Donc ces malheureuses âmes font tout leur possible pour empêcher la pluie de tomber, et souvent leurs efforts ne réussissent que trop bien. Alors arrive la sécheresse, la plus terrible de toutes les calamités, en Chine, parce qu’à sa suite surviennent les mauvaises récoltes, la disette et la famine. Aussi, il est d’un usage courant, chez les autorités chinoises, en temps de sécheresse, de faire enterrer les ossements desséchés des morts privés de sépulture, dans le but de mettre fin au fléau et de faire tomber la pluie.20 »
Quelques pages après, l’auteur donne une longue liste concernant l’attitude des chinois lorsque la pluie faisait défaut : le dieu de la pluie21 pouvait être séquestré, battu, châtié etc. jusqu’à ce que la pluie arrive. Il en était de même dans le cas inverse lorsque l’on souhaitait que la pluie cessât et laissât place au soleil. Ce rapport au divin face à un élément naturel est intéressant mais compliquera, à l’image du rapport des morts face à l’eau, l’interprétation des faits lors de la conclusion... Qui plus est, un autre élément vient s’ajouter à tous ceux cités ci-dessus : la géomancie. La seconde citation du Rameau d’Or a, en effet, un rapport étroit avec la géomancie22.
« Dans certaines parties de la Chine, les mandarins se procurent la pluie ou le beau temps en fermant les portes méridionales ou septentrionales de la cité. Le vent du sud amène, en effet, la sécheresse et le vent du nord les averses. C’est pourquoi en fermant les portes du sud et en ouvrant les portes du nord, il est évident qu’on proscrit la sécheresse et qu’on laisse entrer la pluie ; si au contraire on ferme les portes du nord en laissant ouvertes celles du sud, on interdit l’entrée aux nuages et à la pluie, mais on laisse pénétrer le soleil et la chaleur bienfaisants.23 »
« La civilisation chinoise moderne » - Dr. A.-F. Legendre
Avant de terminer ce petit tour d’horizon sur le rapport des Chinois face à l’eau, il convient d’ouvrir une petite parenthèse sur l’œuvre et l’auteur cités ci-dessus.
C’est par hasard que j’ai découvert cet ouvrage. Seuls quelques éléments nous permettent de situer l’auteur : médecin français, il vécut en Chine vers la fin du XIXème début du XXème siècle et y séjourna une vingtaine d’années. Il fut à l’origine de la création de l’École de Médecine Impériale du Sichuan, puis devint explorateur chargé de missions. Il connut donc la transition de la révolution de 1911 lorsque la Chine républicaine supplanta la Chine impériale.
Son style est pour le moins fracassant et l’on comprend vite qu’il ne vivait pas à notre époque caractérisée par le « politiquement correct » ! Le vocabulaire et les idées sont donc très datés ! Néanmoins, c’est dans l’optique des descriptions que l’œuvre reste intéressante.
Dans ce livre, un passage me rassura sur mon état mental : je n’étais plus le seul a avoir subi la parapluviamania ! Mais, ironie mise à part, l’auteur faisait les mêmes remarques sur l’eau de pluie et cela au début du XXème siècle, ce qui remet en cause la connotation néfaste de la pluie due à la pollution.
« La pluie est redoutée du Chinois au point qu’il apparaît d’une pusillanimité sans exemple chez nous. Ainsi l’amiral Ting, lors de la guerre sino-japonaise24, demanda un délai pour quitter son navire, parce qu’il pleuvait à l’heure fixée pour sa reddition. Un jour, sur ma jonque, je donnai l’ordre à un soldat d’accrocher un store qu’une rafale avait enlevé : sortant de son abri, armé d’un parapluie parce qu’il pleuvait un peu, il s’efforça vainement, d’une main, d’exécuter mon ordre. Je lui recommandai, inutilement, de lâcher son parapluie, il ne put s’y résigner. Finalement, je sautai hors de la chambre et accrochai moi-même le store. Combien de fois la pluie n’a-t-elle pas mis fin à des échauffourées populaires ! Les plus enragés sont tout de suite calmés.25 »
Le rapport entre l’homme et la pluie n’était donc pas lié à un élément de la modernité, mais peut-être bien à un schéma de pensée plus ancien. La suite de cet article sera donc consacré à quelques rapports qu’entretiennent les Chinois avec la nature afin de comprendre si il existe, d’une part, un même fil conducteur (un monde hostile et un monde paisible) et, d’autre part, comment le Chinois se situe par rapport à ces mondes.
L’agriculture
Essayons de comprendre pourquoi l’eau de pluie qui semble hostile à l’homme est si bénéfique à l’agriculture. L’intermédiaire entre la pluie et le marcheur est, nous l’avons vu, le parapluie : un objet, une intervention humaine. En est-il de même pour la plante cultivée ? L’engrais ne joue-t-il pas un rôle identique ?
J’ai tout d’abord pensé à l’engrais humain, qui fut et est encore utilisé en Chine, parce qu’il pouvait entrer facilement dans le même processus de pensée : nous avons là un intermédiaire de choix puisque la « transformation de l’eau » passe par un filtrage intimement humanisé. André Georges Haudricourt ne nous enseigne-t-il pas que « l’utilisation de l’engrais humain dans l’agriculture chinoise montre à quel point la scatophobie a été surmontée26 ». L’eau deviendrait-elle bonne grâce à l’intervention humaine ? Mais à la réflexion, il serait réducteur de ne voir que ce type d’engrais parce qu’il cadre, semble-t-il, parfaitement dans un ensemble que nous avons délimité hypothétiquement.
Au sujet des engrais, Jacques Gernet nous renseigne sur leur diversité :
« Les légumineuses, qui interviennent assez régulièrement dans la rotation des cultures [...] fixent l’azote et ont maintenu la fertilité de terres chinoises pendant deux millénaires. Les Chinois ont développé d’autre part une grande variété d’engrais dont chacun avait des emplois particulier : engrais animal, humain, déchets de vers à soie, tourteaux, boue des rivières, chaux, engrais verts très nombreux... Au début du XVIIe siècle, Xu Guangqi mentionne 80 engrais différents.27 »
Tout compte fait, peu importe la nature de l’engrais car dans tous les cas il s’agit d’une intervention consciente de la société sur la nature. Il reste à savoir comment les Chinois l’ont interprétée, si l’eau de pluie devient bonne pour les récoltes grâce à cet intermédiaire indispensable.
L’élevage de porc
S’il existe réellement un monde hostile, qui correspondrait à ce que nous appellerons pour l’instant la « nature » et qu’il faille l’humaniser pour le rendre paisible, l’exemple du porc que l’on engraisse semble avoir des points communs avec l’agriculture.
Jacques Pimpaneau, dans un chapitre consacré aux maisons chinoises, décrit un dispositif qui, au début de notre ère, s’inscrivait dans l’architecture des habitats :
« Les toilettes étaient souvent à l’étage et ressortaient à l’extérieur du mur : les détritus tombaient dans une porcherie placée au dessous pour nourrir les cochons28 ».
Haudricourt, lui, mentionne « les modèles de terre cuite funéraires de l’époque Han [qui] nous montrent des habitations avec latrine-porcherie en sous-sol29 ».
Offrande lors de l'ouverture des enfers - Yilan - 1996 (Taiwan)
Le fait que le porc soit un animal intimement lié à l’homme et qu’à l’image de la plante cultivée, il subisse une humanisation poussée en se nourrissant de ses déchets prouve-t-il pour autant que nous sommes face au même shéma de pensée ? Pour le savoir, ne faudrait-il pas s’intéresser à l’utilisation de la plante sauvage et du gibier que nous retrouvons, d’ailleurs, dans la pharmacopée chinoise ?
Ces deux premiers points (agriculture et élevage) montrent que bien des questions se posent et qu’il serait prématuré d’en tirer des lois globalisant un système de pensée. Les trois prochains points que nous aborderons seront plus parlants et nous verrons, comme pour l’eau, que l’accessibilité semble liée à une intervention humaine et humanisante des éléments naturels.
Les petits jardins
Un autre élément que Jacques Pimpaneau rapporte à propos des maisons chinoises, le jardin intérieur, peut aussi nous éclairer :
« Les jardins intérieurs murés, par opposition à la symétrie régulière des bâtiments, étaient parcourus de sentiers qui zigzaguaient pour laisser découvrir à chaque tournant un aspect nouveau ; ils comportaient presque toujours un ruisseau ou un étang, des rocailles, Taihushi, faites de pierres sculptées par les eaux, et parfois un kiosk (ting) pour s’y reposer. L’un de ces jardins à Suzhou est même entièrement fait de rocailles. Leur but était de reproduire la nature en miniature.30 »
De manière moins poétique, A. F. Legendre nous donne son avis sur ces petits jardins. Les propos qui suivent sont la démonstration d’un choc de cultures, d’une incompréhension face à un élément qui gêne. C’est cette gêne, fruit d’une différence, d’un conflit, qui me semble intéressante à exploiter ici, non les propos eux-mêmes :
« Un étang, en effet, quelque minuscule qu’il soit, constitue, avec des rochers artificiels aux formes les plus vagues, les plus indécises, le grand motif d’un décor pour jardin chinois.
Cette confrontation mesquine de la nature dans ses manifestations est vraiment incompréhensible pour tous ceux qui l’admirent où elle doit être admirée. Celui qui la travestit ainsi ne peut l’aimer ; d’ailleurs, si sa beauté toute nue ne lui était pas indifférente, il s’en irait la contempler dans son vrai cadre, ce qu’il ne fait jamais. Quand il sort de la cité, le fils de Han s’enferme dans sa chaise et les plus émouvants paysages semblent le laisser indifférents. Il préfère la vilaine miniature exposée dans son yamen.31 »
Passons sur les jugements de valeur intempestifs... Il me semble que cette miniaturisation de la nature, que Joseph Needham qualifie de microcosme32, transforme les proportions à échelle humaine ; mieux vaudrait dire que nous somme face à un concentré comme s’il s’agissait de la rendre accessible voire même la dominer ou dominer ses forces, se les attribuer.
Pour peu qu’il apprécie la randonnée en montagne, le voyageur occidental risque fort d’être intrigué par les nombreux escaliers qui sillonnent les pentes. Là encore, la nature semble n’être accessible que par la présence d’un apport humain. A l’image d’un pique-nique au bord de la rivière, la condition idéale pour visiter un site en montagne est que l’endroit soit « hen renao »34.
La climatisation
Pourquoi parler de la climatisation, une technique moderne, et quel est le rapport entre elle et les différentes parties abordées ? Tout part, une fois de plus, d’une observation faite sur le « terrain » :
Je fus étonné, non par le recours constant à la climatisation dans les commerces et les voitures, mais par l’utilisation qui en était faite. Pendant l’hiver et à l’intersaison, la température extérieure, bien que supérieure à celle des régions tempérées, associée à l’humidité ambiante, fait que le froid est pénétrant. Mais, alors que les gens se plaignent du froid extérieur, ils se prélassent dans les magasins où la température est souvent inférieure à celle du dehors. Je me suis souvent vu terminer en hâte un repas dans un petit restaurant climatisé pour regagner le froid salvateur de la rue ! En un mot, mes réactions étaient inverses de celles des chinois.
Concernant les voitures, certaines sont de véritables réfrigérateurs sur roues ! Celle que je redoutais le plus appartenait à mon ami le peintre. La climatisation y était si poussée que l’air sortant des grilles du tableau de bord était « blanc de glace » ! Lui conduisait en tee-shirt, alors que, protégé par un pull-over, je grelottais. Il ne comprenait pas pourquoi j’avais froid, car, selon lui, le froid provenant de la climatisation était bon !
Il est à noter qu’autour de la climatisation gravite un phénomène de mode et de luxe. En effet, avoir la climatisation chez soi ou dans son véhicule est synonyme d’aisance financière. Malgré cela, il est intéressant de retrouver un même découpage dans la façon de penser : il existe un bon et un mauvais froid, le bon qui est produit par l’ingéniosité de l’homme et le mauvais, celui de l’extérieur.
Conclusion
Un fil conducteur existe-t-il réellement entre les différents éléments que nous venons de survoler ?, J’ai sincèrement l’impression qu’un même schéma de pensée lie les éléments naturels aux mêmes éléments reproduits ou transformés par l’homme.
Mais s’agit-il pour autant d’une opposition Nature/Culture ? A vrai dire, le terme « opposition » n’est pas exact, mieux vaudrait le remplacer par celui de « cohabitation ». Quant au terme de « Culture », il semble que celui de « monde des vivants » serait plus approprié. Nous pourrions également parler de « mondes parallèles » pour celui de « Nature ». Nous aurions donc : une cohabitation entre le monde des vivants et celui des mondes parallèles, à savoir le monde des morts, des divinités et des forces (la géomancie).
Le Chinois serait donc au carrefour de ces mondes hostiles pendant son passage sur terre en tant qu’homme et devrait les concilier par le fruit d’une humanisation constante qui tendrait à les rendre paisibles tout en prenant soin d’établir un équilibre. Tant que l’équilibre est maintenu, tout se déroule à merveille, mais dès qu’une des forces prend le dessus, c’est le chaos.
Même dans la rhétorique nous retrouvons cette volonté de maintenir l’équilibre. Je me souviens que les premiers temps à Taïwan, rien ne m’énervait plus que de m’entendre dire que si j’étais français, je pouvais donc lire et parler anglais puisque nos deux pays utilisaient les mêmes lettres de l’alphabet. Ce à quoi je répondais par la négation la plus brutale et dans tous les cas, mes interlocuteurs ne poursuivaient pas la discussion. C’est un ami qui enseignait le Taiqi Quan qui m’ouvrit les yeux sur mon erreur :
« Le monde est un cercle, la société chinoise est un cercle et les relations sociales aussi. Si quelqu’un te donne un coup de poing et que tu bloques ce coup, vous vous faites mal tous les deux, il n’y a pas de cercle. Il ne comprendra pas son erreur et du même coup vous serez tous les deux mauvais et dans l’erreur. Mais si tu utilises la force qu’il t’a transmise et que ton bras opposé au coup qu’il t’inflige vient le frapper, tu resteras un homme bon car tu auras utilisé le cercle et c’est lui-même qui se sera frappé : il comprendra son erreur ! Il faut utiliser l’erreur de l’autre, ne pas la contrer. »
A partir de ce soir là, mes relations avec les chinois s’améliorèrent et d’un point de vue rhétorique, j’affinais considérablement mon style :
« Ha, vous êtes français ! La langue française, c’est pareil que l’anglais ... »
« Oui, c’est pareil ! C’est comme la langue chinoise et le japonais. »
« Mais le français et l’anglais c’est différent, n’est-ce pas ? »
« Oui, ce n’est pas pareil. Le japonais et le chinois sont aussi des langues différentes... »
Et la discussion pouvait suivre son cours tranquillement car l’affrontement n’avait pas eu lieu et la conciliation de l’autre permettait une cohabitation paisible et harmonieuse.
Et l’énigme du parapluie, me direz-vous, n’est pas résolue pour autant ! Non, mais regarderez-vous les parapluies du même œil après ces quelques pages?
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
AHERN Emily M., 1973, The Cult of the Dead in a Chinese Village, Stanford University Press, California.
CHAVANNES Édouard, 1922, De l’expression des vœux dans l’art populaire chinois, Éd. Bossard, Paris.
FRAZER James George, 1981(1890-1915), Le Rameau d’Or, Tome I : Le roi magicien dans la société primitive - Tabou ou les périls de l’âme, Robert Laffont, Paris.
FRAZER James George, 1983 (1890-1915), Le Rameau d’Or, Tome II : Le dieu qui meurt - Adonis - Atys et Osiris, Robert Laffont, Paris.
FREEDMAN Maurice, 1994 (1979 Standford University Press), The Study of Chinese Society - Essays by Maurice Freedman, Selected an Introduced by G. William Skinner, SMC Publishing Inc., Taïpei.
GERNET Jacques, 1972, Le monde chinois, Armand Colin, Paris.
GERNET Jacques, 1994, L’Intelligence de la Chine. Gallimard, Paris.
HAUDRICOURT André Georges, 1977, Note d’etnozoologie, le rôle des excrétats dans la domestication, in : L’Homme, Vol. XVII (2,3) : 125-126.
JORDAN David K., 1989 (1972). Gods, Gosts and Ancestors. Caves Book, Taïpei.
LEGENDRE A. F., 1926, La civilisation chinoise moderne, Payot, Paris.
NEEDHAM Joseph, 1956, Science and Civilisation in China, Vol. II, Section 8-18, Cambridge.
PIMPANEAU Jacques, 1988, Chine - Culture et traditions, Éd. Philippe Picquier, Arles.
PLANHOL Xavier de, 1995, L’eau de neige - Le tiède et le frais - Histoire et géographie des boissons fraîches, Fayard.
RICCI, 1986 (1976), Dictionnaire français de la langue chinoise, Institut Ricci, Kuangchi Press, Taïpei.
NOTES DE BAS DE PAGE
1 -
Taoïque : terme emprunté à M. G. DUMOUTIER (Étude sur les tonkinois, B.E.F.EO., N°1, 1901, pp. 81-98) qui me semble plus exact que taoïste, une statue ne pouvant avoir le choix de sa destination.
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2 -
Les plus âgés d’entre les sculpteurs étaient fiers de comparer leurs cheveux aux miens car, contrairement à moi, et malgré leur âge avancé, pas un cheveu blanc ne dépareillait l’uniformité noire de leur chevelure. Ils plaisantaient alors en me surnomant « vieux dragon » et affirmaient qu’ils étaient plus jeunes et vigoureux que moi de par l’absence de cheveux blancs. Mais, pour l’anecdote, lorsque mon épouse est venue me rejoindre, elle appris par les conjointes des artisans que leurs maris se teignaient les cheveux ! Gardons donc à l’esprit l’importance des soins et des connotations associés aux cheveux pour mieux comprendre la suite du texte.
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3 -
Voir à propos des grandes inondations des années 1850-1950 : Jacques GERNET, Le monde chinois, pp. 530-531. (Une bibliographie complète de tous les ouvrages cités se trouve en fin d’article).
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4 -
Le temps accordé à l’ébullition peut prendre des proportions importantes :
« Mon père laisse la bouilloire siffler pendant vingt minutes sur les conseils avisés de ses amis retraités qui, lorsqu’ils se réunissent, s’échangent des « petites recettes » concernant l’hygiène et la longévité. » (Communication personnelle de Lee Muh-larn, taïwanaise étudiant à Paris).
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5 -
Parmi des amis de Taïwan et de Chine Populaire étudiant en France, l’habitude de faire bouillir l’eau reste de rigueur bien qu’ils sachent que l’eau du robinet, chez nous, est potable et consommée directement.
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6 -
Toutes les boissons, à Taïwan, du type soda ou jus de fruits, sont consommées glacées, idem pour le lait dans la plupart des cas (l’observation concernant le lait est faite sur des étudiants). Seuls, à ma connaissance, les vins et alcools sont consommés à température ambiante. La bière, par contre, est consommée fraîche à l’image des sodas.
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7 -
Xavier de Planhol, L’eau de neige - Le tiède et le frais, p. 330.
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8 -
Je pense qu’il doit exister des piscines de profondeur importante, mais je n’en connais pas. Je n’en ai fréquenté que deux, dont l’une avait la particularité d’être construite en forme de cuvette : deux zones peu profondes de chaque côté, la plus grande profondeur étant située au milieu du bassin.
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9 -
J’ai assisté à cette cérémonie dans une ville de la côte Est de Taiwan, je ne pense pas qu’il s’agisse d’un hasard si elle s’est déroulée en partie sous un pont. C’est d’ailleurs de sous ce pont que furent mises à la rivière les petites maisons de papiers destinées aux morts sortant des enfers.
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10 -
Pendant la période de l’ouverture des enfers, il est aussi fortement déconseillé de déménager car l’on craint qu’un fantôme ne vienne prendre place en même temps que les nouveaux locataires et la vente immobilière se trouve affectée.
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11 -
L’ironie semble dicter ces dernières lignes, mais l’ironie, les rires et les plaisanteries sont parfois des remparts qui dissimulent une crainte. A Taïwan, on ne plaisante pas avec les fantômes, il s’agit d’un sujet sérieux qui anime les conversations avec passion. Pour en revenir aux fantômes, je suis allé me baigner à la mer pendant ce fameux mois, mais la pression sociale était telle que je n’y suis resté que quelques minutes, il me fallait regagner la plage au plus vite.
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12 -
L’or, l’argent , le cuivre, le fer et l’étain. (Cf. Dictionnaire de l’Institut Ricci, p. 1056).
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13 -
L’utilisation du parapluie pour la protection des méfaits du soleil est moins généralisée que pour la protection contre les gouttes de pluie. Ce sont généralement les femmes qui l’utilisent dans ce cas précis et plus particulièrement les femmes âgées.
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14 -
« Chinese seem to have a special fear of death by drowning. One of the twenty-four dangers to the lives of young children M which traditional almanacs attempt to predict is drowning. When ancestral spirits are called to participate in a funeral, those who have died by drowning require separate summoning. The ghosts of people who died in this way are said to linger at the place of death in order to pull other victims into the same pool of water and drown them. Drowning may be more frequent also among Chinese, since few of them know how to swim, and we may suppose that the continuation of special attitudes about death in water may promote panic when faced with water emergencies. » p. 53
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15 -
« He was pulled in by a ghost. Someone died there before, and when someone dies, his ghost often wants to pull a second one after him... A lot of people have died there. I don’t know how many. » pp. 56-57
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16 -
« Because the rooms are directly adjacent, one never passes through an unroofed area along this route. In fact, the Uis say proudly that you can walk all the way from one end of the settlement to the other in the rain without need of an umbrella. » p.57
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17 -
Six ou sept ans après le premier enterrement, le cerceuil est déterré, et si la chair se détache facilement des os, on les nettoie et les place dans une urne que l’on remet à la place du cercueil. C’est ce que nous nommons, ici, le deuxième enterrement. (Cf. Emily Ahern, ibid., pp. 163-174).
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19 -
« Another man told me that in a dream shortly after the spring grave-cleaning festival he had seen rain falling in through the roof onto his father. Returning to his father’s gravesite, he had discovered that the boards placed over the bone pot had become dislodged, allowing rain to drip onto the pot. [...] The presence of ants or excess moisture may be reason for moving the pot to another place with better hong-cui, that is, to a drier spot or one with fewer ants. » p. 183.
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20 -
Le Rameau d’Or, Le roi magicien dans la société primitive, pp. 183-184.
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21 -
Le dieu de la pluie est, dans la plupart des cas, représenté par un dragon. Ce n’est pas par oubli que nous ne traiterons pas du dragon et de la pluie dans cet article, mais par choix car le sujet est vaste et délicat. Édouard Chavannes consacre quelques lignes sur la difficulté d’appréhender le sujet dans un petit livre qui mériterait d’être mieux connu.
(Cf. Édouard Chavannes, De l’expression des vœux dans l’art populaire chinois, pp. 2-4).
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22 -
Il faudrait un spécialiste pour nous en dire plus et l’extrait qui va suivre n’a pour but que d’illustrer la complexité d’un thème de recherche dont nous avons à peine entrebâillé la porte !
Pour ceux qui s’intéressent à la géomancie en Chine, voir, entre autres, Maurice Freedman, The Study of Chinese Society, pp. 313-333.
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32 -
J. Needham, Science and Civilisation in China, Vol. 2, note c, p. 294.
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33 -
Les lignes qui vont suivre concernent des observations faites à Taiwan.
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34 -
Pour la petite anecdote, lors d’une ballade en montagne avec des amis sculpteurs, nous nous sommes trouvés face à un groupe de personnes qui, muni d’un petit groupe électrogène, participait à un Karaoké en plein milieu d’un site magnifique. Un brouhaha inaudible sortait des baffles saturées mais la réaction des promeneurs qui passaient par là était de se rapprocher des joyeux chanteurs plutôt que de s’en éloigner. D’un point de vue général, j’ai remarqué que le bruit avait tendance à jouer un rôle réunificateur comme s’il rassurait : le bruit à Taiwan est une constante de la vie des Chinois et paraît être une source de plaisir.
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